Alors, que pensent vraiment les investisseurs canadiens du bien-être des animaux de ferme?

Alors, que pensent vraiment les investisseurs canadiens du bien-être des animaux de ferme?

Billet rédigé par Darren Vanstone, Rory Sullivan et Audrey Mealia.

La mi-novembre 2015, nous avons présenté l’indice de référence des entreprises sur le bien-être des animaux de ferme (Business Benchmark on Farm Animal Welfare en anglais) à une vingtaine de gestionnaires de fonds, de détenteurs de placements et d’organismes de recherche en investissements ainsi qu’à une quarantaine d’entreprises du secteur alimentaire et d’organismes de l’industrie à Toronto (lors d’événements organisés par Canadian Business for Social Responsibility et soutenus par son partenaire en communication l’Association pour l’investissement responsable), à Montréal (lors d’un événement organisé par Ethiquette.ca) et à Vancouver (lors d’un événement organisé par NEI).

Cinq thèmes ont émergé lors de ces rencontres et des discussions :

  1. Les investisseurs canadiens reconnaissent que le bien-être des animaux de ferme est une question pertinente pour l’industrie alimentaire. Cependant, leurs points de vue sur l’importance relative du bien-être des animaux de ferme dépendent de leurs processus d’investissement, des entreprises et secteurs spécifiques sur lesquels ils se concentrent et d’autres questions liées au développement durable qu’ils examinent.
  2. Bien que relativement peu d’investisseurs reconnaissent le bien-être des animaux de ferme comme étant la question fondamentale pour le secteur alimentaire, plusieurs d’entre eux utilisent la gestion et la reddition de compte par rapport au bien-être des animaux comme un indicateur de qualité au sens large des processus de gestion de risque d’une entreprise. Pour les entreprises alimentaires mondiales couvertes par l’indice de référence des entreprises sur le bien-être des animaux de ferme, leur performance sur l’indice de référence est de plus en plus utilisée comme un élément à une évaluation plus large des processus de gestion de risque de l’entreprise.
  3. Sans surprise, compte tenu de leurs répartition d’actifs (et de l’importance économique du secteur alimentaire dans l’économie canadienne), les investisseurs canadiens sont particulièrement intéressés par la performance des entreprises canadiennes. Cela vaut à deux niveaux: la performance des entreprises canadiennes par rapport à d’autres entreprises et la performance des entreprises canadiennes par rapport à leurs concurrents mondiaux. Le premier est largement considéré comme important pour la compréhension de la qualité des processus de gestion de risque de ces entreprises, alors que le second, notamment pour les entreprises perçues comme ayant une bonne performance quant au bien-être des animaux de ferme, est considéré comme une mesure de la capacité d’exporter et de concurrencer efficacement sur ​​les marchés internationaux.
  4. L’engagement est un élément central des stratégies d’investissement responsable de nombreux investisseurs. Historiquement, beaucoup d’importance est accordée à la gouvernance d’entreprise et, dans une moindre mesure, aux questions matérielles financièrement. Cela commence à changer puisqu’un nombre croissant d’investisseurs cherchent à développer des stratégies plus cohérentes qui couvrent un large éventail de questions sociales. Toutefois, la capacité des investisseurs à s’engager est limitée par les faiblesses dans les divulgations des entreprises sur ces questions. Le bien-être des animaux de ferme est typique à cet égard, la plupart des entreprises alimentaires canadiennes fournissant peu d’informations sur leurs politiques ou processus de mise en œuvre.
  5. Les investisseurs perçoivent les politiques englobantes sur le bien-être des animaux de ferme et les engagements sur ces questions, telles que le confinement étroit, comme étant de premières étapes importantes dans la gestion du bien-être des animaux de ferme. Les investisseurs ont indiqué que de nombreuses entreprises alimentaires nord-américaines ont pris des engagements sur le bien-être des animaux de ferme, mais ont négligé de fournir toute information sur la façon dont ces engagements sont mis en œuvre ou sur les résultats obtenus. Cette absence d’une reddition de compte significative est souvent considéré par les investisseurs comme un signe que les entreprises ne disposent tout simplement pas des capacités ou des compétences nécessaires pour gérer efficacement le développement durable ou les questions liées au risque au sens large.

En conclusion, les investisseurs canadiens ont un rôle important à jouer pour encourager les entreprises à établir et mettre en œuvre des politiques crédibles sur bien-être des animaux de ferme, bien que leur capacité à ce sujet soit limitée par la qualité des informations que fournissent les entreprises. Dans ce contexte, encourager les entreprises à offrir de meilleures informations sur leurs politiques, pratiques, processus et performance sur le bien-être des animaux de ferme est la priorité immédiate pour les investisseurs et autres parties prenantes qui cherchent à améliorer les pratiques et la performance des entreprises quant au bien-être des animaux de ferme.

Darren Vanstone est directeur de l’engagement des entreprises pour World Animal Protection (Canada), Dr Rory Sullivan est conseiller expert de l’indice de référence des entreprises sur le bien-être des animaux de ferme et Audrey Mealia est directrice internationale de l’engagement des entreprises pour World Animal Protection (Global).

L’indice de référence des entreprises sur le bien-être des animaux de ferme a produit un guide d’information pour les entreprises de l’industrie alimentaire. Voir le lien suivant : http://www.bbfaw.com/wp-content/uploads/2015/05/Investor-Briefing-No-18-Farm-Animal-Welfare-Disclosure-Framework.pdf


Darren Vanstone, Rory Sullivan et Audrey Mealia


Comments

  1. Au Québec, le projet de loi 54 : Loi visant l’amélioration de la situation juridique de l’animal a été adopté à l’unanimité à la séance du 4 décembre 2015 (Vote : Pour 109, Contre 0, Abstention 0). http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/projets-loi/projet-loi-54-41-1.html

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>