Concours du meilleur rapport de développement durable – Cahier spécial, partie 3

Concours du meilleur rapport de développement durable – Cahier spécial, partie 3

Cet article est le troisième et dernier de notre cahier spécial sur les rapports de développement durable d’entreprises, rédigé par notre collaboratrice, Anne-France Bolay.

 

Chaque année depuis trois ans, l’Initiative de la Finance Durable (IFD) organise le concours du meilleur rapport de développement durable. L’IFD est un organisme sans but lucratif qui promeut la finance durable ainsi que l’investissement responsable. Cet organisme, basé à Montréal, est composé de professionnels du milieu. Ils organisent plusieurs activités tous les ans dont des ateliers, des conférences ainsi que le concours du meilleur rapport de développement durable.

Ce concours consiste à noter les entreprises selon la qualité de leur rapport de développement durable et fait ainsi la promotion de l’excellence en matière de reddition de comptes extra-financière des entreprises canadiennes. Les entreprises ne s’inscrivent pas à ce concours. Elles sont plutôt sélectionnées par le comité organisateur de l’IFD, qui scrute les entreprises canadiennes faisant partie de l’indice composé S&P/TSX60 – cet indice correspond aux soixante entreprises canadiennes cotées en bourse ayant les plus importantes capitalisations – puis les divise par secteur d’activité.

Ce concours est fort intéressant puisque ce sont les étudiants qui notent les rapports de développement durable des entreprises en fonction de critères de sélection qu’ils ont eux-mêmes déterminés. Habituellement, lors de concours d’ordre académique, ce sont les entreprises qui évaluent les étudiants et non le contraire.

En 2015, les secteurs d’activités étaient : biens de consommation, énergie, finance-banques, finance-compagnies d’assurance, industries diversifiées, matériaux et produits industriels et les technologies de l’information (TI). Cinq universités – Concordia, HEC Montréal, Polytechnique Montréal, l’Université de Sherbrooke et l’UQAM – étaient représentées par un total de sept équipes, chacune d’elle travaillant sur l’un des sept secteurs d’activités. En janvier dernier, chacune des entreprises gagnantes était présente pour un dîner-conférence lors duquel elles se sont vu remettre un trophée commémoratif par les étudiants.

En tant qu’étudiante, j’ai eu l’opportunité de participer à ce concours avec une équipe de Polytechnique Montréal, aux côtés de Julien Walzberg, Ivan Viveros Santos, Lycia Aziz, Omar Sabounji et  Catherine Houssard.

Fonctionnement du concours

Chaque équipe s’est vue attribuer un secteur d’activité, accompagné de la liste des entreprises inclues dans ce secteur. Si une entreprise ne publie pas de rapport de développement durable, elle est automatiquement disqualifiée. Notre analyse a eu lieu entre septembre et décembre 2015 et portait sur les rapports de l’année 2014, soit les derniers produits par l’entreprise.

Le secteur d’activité que nous avions était Industrie et Technologies de l’information (TI). Sur les huit entreprises qui nous ont été attribuées, six ont produit des rapports :

  • CA Technologies
  • CN
  • CP
  • SNC Lavalin
  • CGI
  • Blackberry

Chaque équipe décide de son mode de fonctionnement pour l’établissement des critères de notation, aidée au besoin par un « coach », professeur de l’université participante. Dans notre cas, il s’agissait de Mme. Caroline Gaudreault. Il est donc du choix des équipes de décider s’ils veulent d’abord lire les rapports avant d’établir les critères ou inversement. Dans notre cas, nous avons d’abord décidé d’établir les critères, entre autres puisque certains d’entre nous avaient déjà lu ce type de rapport. C’était mon cas.

Notre démarche d’analyse

Dans un premier temps, nous avons défini quatre (4) grands thèmes, soit communication, conception du développement durable (DD), intégration stratégique et mesures et outils. Par la suite, nous avons « brainstormé » collectivement et individuellement sur une liste de critères, puis regroupé les critères par thèmes et sous-thèmes afin de structurer l’approche d’analyse. Enfin, nous avons pondéré les critères, d’abord les thèmes et les sous-thèmes pour ensuite chacun des critères.

Critères et pondération

Vous retrouvez dans les tableaux ci-dessous chacun des critères sélectionnés ainsi que leur pondération, qui diffère d’un thème à l’autre :

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Une fois les critères et leur pondération établis, la lecture des rapports a été divisée entre les membres de l’équipe, qui ont chacun lu entre deux et six rapports – deux des huit entreprises ne produisaient pas de rapport. Les notations données par chacun étant subjectives, il était important d’assurer une certaine cohérence dans les notations. L’un d’entre nous a ainsi lu l’ensemble des six rapports de développement durable d’entreprises qui nous avaient été attribuées.

Le grand gagnant

Ce processus nous a amené à sélectionner les trois finalistes de notre secteur d’activité Industrie et TI. Les finalistes étaient CP, CN et BlackBerry. Ceux-ci se sont démarqués aisément des trois autres entreprises et suite à des discussions et relectures, nous avons pu déterminer le gagnant : BlackBerry.

Même s’il nécessite quelques améliorations quant à sa forme et à sa structure, le rapport de développement durable de BlackBerry est extrêmement transparent et contient un nombre important de données chiffrées et qualitatives. On y détermine des cibles et mentionne l’utilisation d’un grand nombre d’outils du développement durable, tel l’écoconception. Nous avons aussi dénoté une pertinence importante en ce qui concerne les enjeux de leur chaîne de valeur comme la problématique des métaux rares dans le domaine de l’électronique ainsi que l’implication de nombreuses parties prenantes tout au long de leur chaîne de valeur, comme les fournisseurs de premier et deuxième niveaux.

Les rapports de CN et CP sont esthétiquement très beaux. Ils ont d’ailleurs une structure et une forme très similaire. Leur analyse de la matérialité est intéressante et ils impliquent leurs parties prenantes, à un niveau cependant moins élevé que BlackBerry. CP a d’ailleurs fait preuve d’une bonne transparence et d’intégrité dans son rapport, mais CP et CN n’ont que peu mentionné l’utilisation d’outils concrets DD.

L’explication du résultat

Comme vous l’avez constaté plus haut, et ce même si les rapports de CN et CP sont plus esthétiques et mieux structurés, dans le système de notation que nous avions établi, la forme de rapport (son esthétisme) ne correspond qu’à 2% de la notation finale. Nous avons considéré que l’information se retrouvant dans un rapport est de loin plus importante que son esthétisme d’où notre gagnant final, BlackBerry.

Bien que dans l’ensemble, ce type d’évaluation et de notation soit subjectif, les entreprises étaient clairement très intéressées à connaître les critères d’évaluation des étudiants.

À titre informatif, les autres gagnants par secteur d’activité sont :

  • Biens de consommation – Gildan
  • Énergie – Suncore
  • Finance-Banques – TD
  • Finance-Compagnies d’assurance – Financières Sun Life
  • Industries diversifiées – Telus
  • Matériaux – GoldCorp

Suncore tout comme TD sont gagnants de leur catégorie depuis le début de ce concours soit les trois dernières années.

Une 4e édition en préparation !

Une quatrième édition du Concours IFD du meilleur rapport de développement durable devrait avoir lieu cette année. Les équipes travailleront sur l’établissement des critères et la notation des rapports de septembre à décembre. La remise des trophées aux entreprises devrait avoir lieu en début d’année 2017. Ainsi, les entreprises pourront continuer à voir les nouveaux critères identifiés par les étudiants et essayer de déterminer quelles sont les prochaines modifications qu’ils devraient apporter à leur rapport de développement durable pour l’année suivante. Un intérêt partagé est de connaitre les critères communs ressortant dans toutes les équipes.

N’oublions pas, en terminant, que ce concours note l’excellence des rapports de développement durable et non pas les performances environnementales et sociales des entreprises mentionnées.

 

À propos de l’auteure

Anne-France Bolay est diplômée avec mention excellence du baccalauréat en gestion au HEC Montréal, spécialisation en gestion de projets. Étudiante à la maîtrise recherche en génie industriel à Polytechnique Montréal. Recherche effectuée avec le CIRAIG en lien avec les approches du cycle de vie et les rapports de développement durable des entreprises.

Anne


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