À quel point le Jantzi Social Index est-il durable ?

À quel point le Jantzi Social Index est-il durable ?

J’ai souvent de la difficulté à expliquer les bénéfices de l’investissement socialement responsable (ISR). Certes, on se sent assurément mieux à « faire moins de mal », mais j’ai toujours ressenti le besoin d’en mesurer l’impact véritable. Dans une tentative de quantifier les impacts de l’ISR, j’ai ainsi choisi de comparer les scores de développement durable (DD) des compagnies inscrites à l’indice traditionnel S&P/TSX 60  avec les scores des compagnies inscrites dans le Jantzi Social Index (JSI), un indice plus responsable. Les résultats furent décevants. Le score pondéré du S&P/TSX 60 est de 65.86, alors que celui du JSI est à peine meilleur, à 68.03.

Mise en contexte

Le Jantzi Social Index est le seul indice socialement responsable qui permet d’investir dans un fonds négocié en bourse, de sorte que tous peuvent en faire l’achat dans leur REER, CELI, etc. Ainsi, il s’agit de la référence de facto au Canada en matière d’investissement responsable. Selon la méthodologie utilisée par le JSI, on y filtre les compagnies qui génèrent des revenus provenant de contrats militaires, de l’énergie nucléaire et du tabac. De plus, lorsqu’une entreprise listée dans l’indice est impliquée dans une controverse, Sustainalytics évalue cette dernière d’après une échelle allant de 1 à 5 (1 étant une controverse mineure, 5 étant un désastre majeur). Les entreprises classées dans les catégories 4 et 5 sont automatiquement exclues. Finalement, l’indice a pour mandat d’inclure les compagnies considérées « meilleures du secteur » (ou « Best-in-Class ») possédant un haut résultat DD et d’y retirer celles qui trainent derrière.

Méthodologie de recherche

J’aimerais remercier Lars Boggild, qui partage avec moi le même intérêt pour les investissements responsables et m’a aidé avec la recherche. Nous avons commencé par faire une liste des entreprises sous-jacentes et des portefeuilles pondérés de chacun des indices. Par la suite, nous avons recensé les scores ESG (environnemental, social et gouvernance) de Sustainalytics pour chacune des entreprises. En regroupant chacun de ces scores, nous avons pu obtenir un résultat pondéré ajusté pour chaque indice (contactez-nous pour accéder aux données brutes).

Résultats

Comme vous pouvez le voir dans le tableau qui suit, les scores du JSI sont supérieurs à ceux du TSX 60, mais de peu. L’écart entre les scores est le même pour les deux indices – de 46 (Valeant Pharmaceuticals) à 80 (TD Bank), alors qu’ils sont plus étendus dans la catégorie Environnement et plus rapprochés dans la catégorie Gouvernance.

Chart Jantzi

Analysis

J’étais déçu lorsque j’ai pris connaissance des résultats. J’espérais un écart beaucoup plus important (bien qu’il doive probablement s’agir de mon propre biais personnel). De plus, je m’attendais à ce que les entreprises avec des scores DD élevés soient ajoutées au JSI pour remplacer celles avec des scores plus faibles et impliqués dans des controverses. Au contraire, j’y ai trouvé Calfrac Well Services – une entreprise dont les profits proviennent d’activités de fracturation hydraulique – dont les activités d’extraction gazière et pétrolière entrainent des dommages énormes aux écosystèmes aquifères et à l’environnement. Calfrac n’est pas dans le TSX 60, et avec un score de seulement 63, je suis surpris qu’elle ait été ajoutée au JSI. Pendant ce temps, des entreprises canadiennes plus responsables comme Innergex et Cascades y sont exclues.

Discussion

J’ai pu discuter avec Bob Mann, Chief Operating Officer chez Sustainalytics, qui a mis en lumière certains éléments du Jantzi social Index. Selon Bob, le mandat du JSI est de fournir à la communauté d’investissement responsable un produit d’investissement stable à grande capitalisation avec un profil risque/retour similaire au TSX 60. Il a également expliqué que le JSI est un indice pondéré par le marché (comme le TSX 60), et en tant que tel, des entreprises à faible capitalisation comme Cascades et Innergex n’auraient aucun impact sur la performance financière ou de développement durable de l’indice – leur poids dans l’indice serait de moins de 0.5 pourcent. Sur la base de ce mandat, le JSI est contraint de choisir des compagnies du TSX Composite Index et de maintenir une pondération du secteur similaire à l’indice. Selon Bob, ces deux contraintes ne laissent que peu de compagnies canadiennes disponibles. Pour les investisseurs intéressés par des entreprises canadiennes exemplaires – et sont enclins à accepter un profil de risque plus élevé d’entreprises à petite et micro capitalisation – Bob suggère de regarder du côté du S&P/TSX Renewable Energy & Cleantech Index pour lequel Sustainalytics fait également une recherche sous-jacente.

De surcroît, Bob a remis en question ma méthodologie en suggérant que le résultat ESG de Sustainalytics ne représente pas une mesure complète de l’impact positif d’une compagnie. Il a été conçu comme un outil d’évaluation du risque ESG pour comparer les entreprises entre elles à l’intérieur d’un même secteur et n’est pas idéal pour une comparaison entre secteurs. Pour l’indice, Sustainalytics utilise trois échelons d’évaluation : 1) elle filtre les compagnies des secteurs à impact négatif (tel que l’énergie nucléaire, le tabac et le militaire); 2) elle filtre les compagnies impliquées dans des controverses à impact élevé; et 3) à l’intérieur des contraintes liées au mandat de l’indice, elle sélectionne les compagnies avec le résultat ESG le plus élevé. Cette absence de comparaison entre secteurs explique pourquoi une entreprise d’énergies renouvelables comme Brookfield Renewable Energy, qui produit de l’énergie provenant à 95 % de sources renouvelables, peuvent avoir un résultat plus faible (66) que Suncor (74), qui produit du pétrole bitumineux.

Conclusion

Bien qu’il s’agisse assurément de la meilleure option pour les entreprises canadiennes à capitalisation élevée, j’hésite à croire que le JSI soit réellement la référence canadienne en matière d’investissement responsable au Canada. C’est ce que c’est, mais mes clients doivent payer des frais annuels beaucoup plus élevés (0.55 %) pour investir dans le iShares Jantzi Social Index ETF (XEN) plutôt que de payer 0.17 % pour le iShares S&P/TSX 60 Index ETF (XIU). Par moment, je ne suis pas certain que cela en vaille la peine.

 

COPYRIGHT

Cet article est une traduction intégrale de la version originale anglaise rédigée par Timothy Nash. Vous pouvez consulter cet article à cette adresse.


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