Des nouveaux fonds de placement pour réduire notre empreinte écologique

Des nouveaux fonds de placement pour réduire notre empreinte écologique

Au Canada ou ailleurs, le développement de l’investissement responsable doit provenir de deux fronts, l’un étant l’augmentation de la demande pour des produits financiers plus responsables et l’autre étant l’augmentation de l’offre pour de tels produits. Malgré l’intérêt grandissant des investisseurs institutionnels et particuliers pour l’ISR,  ceux-ci se buttent néanmoins souvent à une offre de produits très limitée, voire parfois inexistante. Dans ce contexte, il est donc très encourageant de constater que certaines institutions financières travaillent présentement à mettre à la disposition de leur clientèle des produits d’investissement responsable. Desjardins lançait hier trois nouveaux fonds de placement pour réduire notre empreinte écologique :

  1. Le Fonds Desjardins SociéTerre Obligations environnementales;
  2. Le Fonds Desjardins SociéTerre Technologies propres;
  3. Le Fonds Desjardins SociéTerre Actions américaines

Afin d’en savoir davantage sur ces produits, Ethiquette s’est entretenue avec Rosalie Vendette, Conseillère principale en investissement responsable chez Desjardins.

Ethiquette –  Le premier produit est le Fonds Obligations environnementales. Y a-t-il une différence avec les obligations vertes, dont on entend souvent parler ?

Desjardins – Oui il y a une différence, l’obligation verte est un terme consacré. Si ma mémoire est bonne il existe une certification rattachée à ce concept et certains critères spécifiques. L’obligation environnementale est un terme qui englobe une conception plus large de ce type de produits.

E – Comment peut-on définir le terme d’obligation environnementale ?

D – Ce sont des titres obligataires, donc des titres de dettes dont le produit est utilisé pour atténuer les changements climatiques ou favoriser le développement durable autour de thématiques connexes comme l’efficacité énergétique, le développement des énergies renouvelables, la gestion durable des déchets, la préservation de la biodiversité, le transport durable, la gestion durable de l’eau et l’adaptation aux changements climatiques. Ces obligations sont émis par plusieurs types d’organisations, dont des gouvernements, des collectivités locales et des corporations.

E – Le fonds investit dans des obligations gouvernementales et d’entreprises plus responsables que d’autres sur le plan environnemental ? Quels sont les critères de sélection ?

D – La gestion du fonds s’effectue par la firme Mirova, où deux gestionnaires travaillent à concevoir les portefeuilles en fonction de leurs propres analyses ESG [environnementale, sociale et de gouvernance] et de crédit. Sans entrer dans les détails, les investissements doivent servir au développement de projets axés sur la réduction des changements climatiques ou le développement durable. Ces gestionnaires évoluent dans le domaine depuis plusieurs années et communiquent régulièrement avec les émetteurs d’obligations environnementales, ce qui leur permet entre autres de mieux connaître leur situation respective et d’évaluer chaque dossier en profondeur. L’un d’entre eux est d’ailleurs sur le comité exécutif des Green Bond Principles.

E – Vous parlez des Green Bond Principles. Les obligations environnementales de Desjardins doivent-elles respecter ce type de standards internationaux?

D – On s’en va en effet vers l’adoption de standards internationaux comme les Green Bonds Principles ou encore le Climate Bond initiative. Cela dit, il n’est pas obligatoire pour les obligations environnementales de se conformer aux Green Bonds Principles. Ce choix a été pris afin d’offrir aux gestionnaires de portefeuille une plus grande marge de manœuvre dans la gestion du fonds. Il peut y avoir plusieurs avenues toutes aussi intéressantes qui ne sont pas pour autant certifiées et nous souhaitons que les gestionnaires puissent explorer de telles options.

E – Pourriez-vous nous parler du genre de titres pouvant se retrouver dans le fonds et les raisons derrière leur sélection ?

D – Je dois dire qu’il est très tôt pour donner les titres exacts, puisque le fonds sera lancé demain. Nous aurons plus d’information à ce sujet dès le 30 juin. Cela dit, on pense par exemple à la compagnie Apple, la Bank of America ou encore le Gouvernement de l’Ontario, qui souhaitent tous mettre en place divers projets à caractère environnemental. Bien que ces titres ne soient pas automatiquement inclues dans le fonds, ils pourraient éventuellement s’y retrouver.

E – Vous dites que le Fonds Technologies propres est le premier fonds commun de placement au Canada à offrir aux investisseurs particuliers la possibilité de financer des technologies et des solutions innovantes dans le domaine de l’efficience énergétique et de l’environnement. Est-ce exact ?

D – C’est en effet la première fois que ce produit est disponible en fonds communs de placement, tout comme l’obligation environnementale. Le marché des technologies propres est un marché qui existe depuis plus longtemps, alors que le marché des obligations environnementales est un marché très récent qui connaît une croissance fulgurante. On parle de quelques années à peine. Dans les deux cas, il ne s’agissait pas de solutions qui étaient  disponibles au « retail ». La grande nouveauté, c’est donc que ces produits soient désormais accessibles à tous via des fonds communs de placements.

E – On a constaté la demande croissante pour ce type de produit parmi nos lecteurs. Pouvez-vous nous en dire plus sur les critères de sélection et l’évaluation d’impact ?

D – En effet, de plus en plus de nos clients qui adhèrent aux principes de l’investissement responsable et à nos façons de faire nous demandent s’il est possible d’aller plus loin. On tente donc d’aller une étape plus loin en ajoutant les fonds thématiques, qui sont axés sur des thèmes spécifiques associés au développement durable et aux changements climatiques. Les obligations environnementales servent à financer des projets, alors que le fonds Technologies propres compte des sociétés qui visent l’optimisation des ressources par les technologies propres. Devant les défis comme l’augmentation de la population et du niveau de vie, les infrastructures déficientes, les ressources naturelles limitées, la pollution, etc., le gestionnaire de portefeuille tente de choisir les sociétés qui vont répondre à ces défis spécifiques et ce en fonction de 4 grandes familles : 1) l’énergie (efficacité énergétique, énergies renouvelables), 2) l’eau (infrastructure, assainissement et contrôle de la pollution), 3) l’alimentation et la foresterie et 4) les déchets (gestion et traitement des déchets, etc.).

Le gestionnaire mesure chaque année l’impact positif des sociétés. On ne connaît pas l’impact de nos stratégies puisqu’elles seront lancées demain, mais à titre d’exemple, dans la dernière année les sociétés ciblées auraient contribué à éviter l’émission de 1 100 000 tonnes de CO2 dans l’atmosphère et contribué au traitement de 57 milliards de galons d’eau. C’est donc effectivement notre intention d’avoir une reddition de compte sur les impacts des sociétés qui composent le fonds.

E – Pouvez-vous nous donner des exemples d’entreprises qui composent ces portefeuilles et les raisons pour lesquelles elles s’y retrouvent ?

D – Encore une fois, c’est malheureusement trop tôt pour donner le nom exact des entreprises, mais je peux vous donner des exemples de compagnies qui pourraient s’y retrouver. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un critère en soi, elles sont habituellement à moyenne et petite capitalisation. On pense entre autres aux entreprises Xylem et Ovivo – une société québécoise -, qui se spécialisent dans les technologies de gestion durable de l’eau, à EDP Renovaeis, spécialisée dans les énergies solaires et éoliennes, ORMAT Technologies, en géothermie, Vestas Wind Systems, dans l’éolien, Horiba en matière de contrôle de la pollution, Tomra Systems, en terme de gestion des déchets – l’entreprise a entre autres conçu le mécanisme permettant de « gober » les canettes dans les machines au supermarché – et enfin Borgwarner, pour ce qui a trait à l’efficacité énergétique.

Qu’en est-il des rendements et du risque ? On dit parfois que ce type d’investissements ne correspond généralement pas au profil de risque de l’investisseur individuel, est-ce le cas ?

D – Les rendements sont toujours relatifs à la catégorie et au profil de risque, mais ils sont tout à fait comparables aux produits se retrouvant dans les mêmes segments, soit le segment « obligations » pour le fonds Obligations environnementales et le segment « actions mondiales petite capitalisation » pour le fonds Technologies propres.

Concernant le risque, cela dépend du produit. Un produit obligataire est typiquement moins risqué, tandis que le fonds Technologies propres sera plus risqué. Ces produits entrent dans la composition des portefeuilles Sociéterre, et tout dépendant du profil de risque de chacun des produits on obtiendra un poids qui varie dans chacun de ces portefeuilles. Par exemple, le profil conservateur, qui est le moins risqué dans ce cas-ci, compte 7 % d’obligations environnementales, comparativement à 1% pour les technologies propres. Pour les investisseurs, les solutions sont disponibles à la pièce, mais également via les portefeuilles Sociéterre. Cela permet d’avoir une plus grande diversité d’approches en termes d’investissements responsables (exclusion, intégration ESG, thématiques, actionnariat engagé).

E – Pour ce qui est du nouveau Fonds Desjardins SociéTerre Actions américaines, le gestionnaire de portefeuille ClearBridge utilise une stratégie de « meilleur du secteur » (ou « best in class ») pour faire sa sélection de titres, ne conservant ainsi que les entreprises dont le rendement social, environnemental et de gouvernance est supérieur à celui des autres entreprises œuvrant dans le même secteur. Pouvez–vous nous donner des exemples d’entreprises et leurs rendements ESG relatifs aux autres dans leur secteur ?

D – Clearbridge utilise en effet la stratégie « meilleur du secteur » comme approche dominante, mais il n’y a pas une seule stratégie, ils font également du dialogue par exemple. Parmi les entreprises qui pourraient potentiellement se retrouver dans le fonds Actions américaines, on pense entre autres à Alphabet Inc, Apple Inc., US Bancorp, Lowe’s Companies Inc, CVS Health Corp, Microsoft Corp, Costco Wholesale Corp, Nike Inc, NextEra Energy Inc, Ecolab Inc, etc. À noter que ces titres ne se retrouvent pas nécessairement dans le fonds.

Concernant le rendement ESG, le gestionnaire part d’un ensemble de sociétés américaines, dans ce cas-ci il utilise l’indice Russel 3000 – qui compte plus ou moins 3000 compagnies. Il réduit dans un premier temps cette liste en faisant une analyse quantitative à l’aide de critères principalement financiers. Il procède ensuite à une deuxième analyse ESG, où il applique des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans la sélection. Il construit ainsi son portefeuille et fait ensuite un suivi, entre autre à l’aide de l’actionnariat engagé et du dialogue. Clearbridge accorde une note à chaque entreprise selon un ensemble d’informations recueillies par leurs analystes à l’interne, et considèrent dans leur construction de portefeuille les meilleurs du secteur. Les portefeuilles contiennent une forte proportion de AAA, mais également quelques AA et quelques A, selon la classification du gestionnaire. Il est malheureusement trop tôt à ce stade pour donner des exemples précis de rendement

E – ClearBridge a également le mandat d’entretenir des dialogues avec certaines entreprises et associations sectorielles au nom du Fonds et de ses détenteurs. Pouvez-vous nous donner des exemples ici aussi?

D – Puisque le fonds en est à ses tout débuts, il existe peu d’exemples de dialogue le concernant. Je vous reviendrai dès que possible sur cette question.  [À lire dans un prochain article !]

E – Comment faites-vous l’éducation à l’interne en matière d’investissement responsable ? Les conseillers financiers sont-ils systématiquement informés de l’existence de ces nouveaux produits et formés à cet effet ?

D – On fournit beaucoup d’outils aux milliers de conseillers et planificateurs financiers du réseau Desjardins. Différentes présentations sont faites avant le lancement des produits et du matériel est également rendu disponible à leur intention, en plus de tournées de promotion à l’interne. À cela s’ajoute le travail de relations publiques, de promotion et de sensibilisation qui est fait à l’extérieur, entre autre en encourageant des initiatives comme Ethiquette ou comme Pensons IR. On fait également des démarches tournées vers l’industrie. On a notamment organisé une activité avec les PRI [Principes pour l’investissement responsable] la semaine dernière sur les obligations vertes.

E – Est-ce qui toute personne ayant un compte chez Desjardins (ou souhaitant en ouvrir un) peut accéder à ces nouveaux produits ?

D – Nos produits sont disponibles au réseau des caisses et de plus en plus même à l’extérieur du Québec.

E –  Qu’en est-il des frais de gestion ? 

Les frais de gestion sont de 1,75 % avec taxes pour les obligations environnementales (part A),  2,69 % avec taxes pour les technologies propres (parts A et C) et 2,45 % avec taxes pour les actions américaines (parts A et C).


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