Empreinte chimique: le prochain défi que devra relever l’Investissement Responsable

Empreinte chimique: le prochain défi que devra relever l’Investissement Responsable

Aujourd’hui, la gestion des substances chimiques nocives est un problème récurrent. Non seulement celles-ci polluent notre environnement et nuisent à notre santé, mais elles cachent aussi des coûts importants pour les entreprises. Si gérés inadéquatement, ces coûts peuvent s’avérer élevés: amendes, pertes de parts de marché et discrédit de la marque.

Notons les exemples suivants:

– Entre février et mai 2015, le prix de l’action de Lumber Liquidators chute de 70 % – et le PDG démissionne – craignant que leurs produits de revêtement de sol stratifié contiennent des niveaux trop élevés de formaldéhyde.

– Aux États-Unis, entre 2011 et 2013, Walmart, Target, Walgreen Co., CVS Pharmacy et Costco Warehouse ont été condamnés à payer collectivement 138 millions de dollars d’amende pour avoir géré de manière inappropriée des produits qui se sont transformés en déchets dangereux lorsqu’ils se sont brisés ou ont été retournés par des clients.

– En 2007, le rappel de plus de neuf millions de jouets Mattel (principalement en raison de peinture au plomb) a couté à la compagnie 100 millions de dollars et fait baisser de 18 % le prix de son action. La même année, le rappel des « trains jouets » de la RC2 Corporation (encore une fois en raison d’une contamination au plomb) a couté à la compagnie 48 millions de dollars et le cours de son action a baissé de 50 %.

 

Ces histoires soulèvent des questions difficiles pour les investisseurs. Comment peut-on mieux comprendre les risques associés aux substances chimiques des compagnies dans lesquelles on investit? Et comment pouvez-vous encourager les entreprises à faire preuve de leadership dans la réduction de ces risques?

La réponse? L’empreinte chimique. Cette solution permettra aux investisseurs d’évaluer les risques associés aux substances chimiques comme ils évaluent déjà les risques associés à l’eau et au climat.

Le Projet Empreinte Chimique (PEC) offre le tout premier outil de mesure fondé sur une méthode dite d’analyse comparative de la gestion et de l’utilisation des produits chimiques par les entreprises. Cet outil permet d’évaluer la manière dont elles réagissent à la demande croissante du marché pour une meilleure gestion de ces produits. Il crée ainsi un système crédible qui saura reconnaitre publiquement les entreprises qui font preuve de leadership dans la gestion des substances chimiques et la réduction de l’utilisation des substances dangereuses pour la santé humaine ou l’environnement.

En fournissant un ensemble de questions et de critères d’évaluation, le PEC établit un système standardisé de mesures essentiel pour faciliter les comparaisons. Les résultats ainsi obtenus constituent un baromètre du succès des entreprises à gérer les risques chimiques. Ainsi, les entreprises très performantes peuvent être identifiées facilement par les investisseurs. L’outil d’évaluation prend en considération leur performance actuelle ainsi que leur progression au fil du temps. Plus précisément, il tient compte des quatre domaines suivants: stratégie de gestion, inventaire des produits chimiques, mesure d’empreinte, divulgation et vérification publique.

Comme l’empreinte carbone, l’empreinte chimique peut être appliquée à tous les secteurs des affaires. Qu’est-ce que cela signifie pour les investisseurs socialement responsables? Simplement plus de données permettant une prise de décision éclairée. Voici comment procéder:

– Comme souligné précédemment, les substances chimiques nocives que l’on retrouve dans les produits et les chaines d’approvisionnement peuvent cacher des coûts pour les entreprises. Le PEC peut aider à identifier les risques chimiques potentiels (ainsi que les risques associés à la santé et à la réputation) des compagnies.

– Les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance sont importants pour les investisseurs responsables. Le PEC apporte une part essentielle de l’information manquante en fournissant des données sur le risque chimique. Cette volonté d’améliorer la gestion de ce risque s’inscrit à la fois dans une démarche de développement durable (ex. la réduction de la pollution, les déversements, les préoccupations de fin de vie, etc.) et de responsabilité sociale (ex. sécurité des travailleurs, santé des consommateurs).

– Si vous ne pouvez quantifier quelque chose, vous pouvez déterminer sa valeur. Le PEC reconnaît publiquement, et par conséquent valorise, les compagnies avec les résultats les plus élevés.

 

Pour assurer sa crédibilité, le PEC met à contribution un large éventail de parties prenantes. Les fondateurs du PEC sont l’organisation environnementale à but non lucratif Clean Production Action, l’institut de recherche Lowell Center for Sustainable Production de l’Université Lowell du Massachusetts et la société de conseil en durabilité Pure Strategies. De plus, un comité directeur guide les travaux du PEC. Ce comité est composé de représentants des entreprises et organisations suivantes : Staples, Inc.; Target Corporation; Boston Common Asset Management; Kaiser Permanente; Trillium Asset Management, LLC; Partners HealthCare; ChemSec; Dignity Health; Environmental Defense Fund; Investor Environmental Health Network; et U.S. Green Building Council.

Les signataires du PEC ont déjà commencé à demander aux parties prenantes et à leurs fournisseurs de rendre compte de leur empreinte chimique. Aviva Investors, BNP Paribas Investment Partners, Boston Common Asset Management, Trillium Asset Management, Dignity Health, Kaiser Permanente et Staples sont parmi les signataires qui demanderont aux compagnies dans lesquelles ils investissent de participer au PEC. Ces investisseurs représentent plus de 1,1 trillion de dollars d’actifs. Les investisseurs individuels pourront ainsi bénéficier de tous ces efforts.

Dans la mesure où la demande pour une meilleure gestion des substances chimiques ne cesse de croitre, les meilleures opportunités d’investissement seront au sein des entreprises considérant cet aspect comme primordial. Pour les investissements déjà en cours, l’attitude la plus prudente à adopter est celle de faire le nécessaire pour connaitre l’empreinte chimique et ainsi anticiper les répercussions futures en fonctions des informations obtenues.

Pour en savoir plus sur la façon d’intégrer ces informations à votre démarche d’investissement, rendez-vous à l’adresse suivante : ChemicalFootprint.org

 

Questions/Réponses avec Ethiquette: comment et quand utiliser l’empreinte chimique?

Interview réalisée en octobre 2015

 

Ethiquette: Avez-vous déjà identifié certains chefs de file industriels? Si tel n’est pas le cas, quand pourrons-nous les connaitre?

Dr Sally Edwards: Non, pas encore. Le premier rapport du PEC sera publié début 2016.

Ethiquette: Ce rapport sera-t-il disponible pour le grand public?

Dr Sally Edwards: Oui, le rapport sera disponible pour le grand public.

Ethiquette: Y a-t-il des sociétés de placements canadiennes parmi les signataires?

Dr Sally Edwards: Non.

Ethiquette: Devrais-je demander à ma société de placement ou à mon gestionnaire de fonds s’ils l’utilisent?

Dr Sally Edwards: Vous pouvez lui en parler, mais aucune donnée ne sera disponible avant l’année prochaine.

Ethiquette: Quel sera le coût de ce rapport pour un investisseur particulier, une société de placement ou un conseiller financier?

Dr Sally Edwards: Il n’y a pas frais pour obtenir le rapport.

Ethiquette: Devrais-je écrire une lettre à ce sujet à mon régime public de retraite? Avez-vous un modèle de lettre?

Dr Sally Edwards: Nous pouvons vous fournir un modèle de lettre approprié.

 

Sally Edwards PhotoLa Dr Sally Edwards est associée de recherche principale au Lowell Center for Sustainable Production à l’Université Lowell du Massachusetts. Elle dirige le Sustainable Products Initiative qui fait la promotion du développement de produits plus sûrs et plus écologiques en mettant à contribution les parties prenantes, en menant des recherches et en fournissant des informations qui pourraient susciter des solutions innovatrices. Sally coordonne le Green Chemistry and Commerce Council’s Retailer Leadership Council dont la mission est de promouvoir l’utilisation de produits chimiques moins nocifs et plus respectueux de l’environnement dans les chaines d’approvisionnement. Elle est l’un des fondateurs du PEC qui a été créé pour changer les pratiques actuelles relatives à la gestion des substances et produits chimiques. Sally a plus de 25 années d’expérience en santé environnementale, dont 14 ans, au US EPA au Massachusetts et en Alaska. Elle est professeure adjointe à l’Université Lowell du Massachusetts et offre des services de conseils en gestion aux entreprises et organisations. Sally est titulaire d’une maîtrise en sciences de la santé environnementale de l’Université Harvard et d’un baccalauréat en biologie humaine de l’Université de Stanford. Elle a complété son doctorat en environnement du travail à l’Université Lowell du Massachusetts. Son livre, Beyond Child’s Play: Sustainable Product Design in the Global DollMaking Industry a été publié en 2009.


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