Et si votre chocolat de Pâques pouvait parler ?

Et si votre chocolat de Pâques pouvait parler ?

 

Pâques est une fête particulièrement appréciée à travers le monde. Au Québec, elle annonce le début des températures plus chaudes du printemps, le sirop d’érable, les visites à la cabane à sucre et les premières réunions familiales de l’année. Parmi les incontournables de la fête de Pâques, le chocolat est sans conteste le grand gagnant.

Pour se rendre jusqu’à votre assiette, votre chocolat de Pâques a parcouru un long, très long chemin. S’il pouvait parler, son histoire ne serait toutefois pas aussi festive. L’industrie du cacao, bien qu’elle joue un rôle central dans le mode de vie de millions d’agriculteurs à travers le monde,  fait depuis longtemps l’objet d’importantes critiques en matière de droits humains. Depuis maintenant près d’une quinzaine d’années, les grandes multinationales du chocolat se font pointer du doigt pour les très nombreux cas de travail infantile découverts dans leur chaîne de production.  À ce jour, quelques 2,1 millions d’enfants sont forcés de travailler dans les champs de cacao en Afrique de l’Ouest, où l’on retrouve la grande majorité de la production mondiale[1].

Depuis 2001, certaines des plus grandes compagnies – dont ADM, Barry Callebaut, Cargill, Ferrero, Hershey, Kraft, Mars et Nestlé ont pris part à certaines initiatives visant à  lutter contre les pires formes de travail des enfants[2]. Parmi celles-ci, notons la signature du Protocole Harkin-Engel (2001), la participation à un partenariat public-privé avec l’Organisation internationale du travail (2011)[3], le programme Cocoa Action (2014) et plusieurs initiatives individuelles, dont le Cocoa Plan de Nestlé et le 21st-Century Plan de Hershey[4].

Malgré cela, force est de constater que la situation n’a pas connu de progrès majeurs, bien au contraire. Selon une étude du Payson Center for International Development, de l’Université Tulane (juillet 2015), le travail infantile dans l’industrie du cacao en Côte-d’Ivoire et au Ghana – qui produisent 60 % du cacao mondial !  – aurait augmenté de 21 % en cinq ans[5]. Parmi ces enfants, plus de 90 % travaillent dans des conditions jugées dangereuses.

Et qu’en est-il de l’investissement responsable ?

Les enjeux du travail infantile dans les chaînes de production ont fait l’objet de nombreuses actions de la part d’actionnaires au cours des dernières années. Certains investisseurs responsables ont été très actifs en tentant d’amener les compagnies œuvrant dans des industries plus risquées à promouvoir des pratiques agricoles responsables et à déployer les efforts pour mieux contrôler les conditions de travail et les risques potentiels pour les droits humains. Par exemple, après avoir mené un dialogue de plus de 5 ans avec Hershey sur les conditions de travail dans les champs de cacao d’Afrique de l’Ouest, les membres du ICCR ont finalement émis un communiqué, en 2014, reconnaissant l’atteinte de résultats concrets liés à ces efforts. La compagnie s’est finalement engagée à s’approvisionner à 100 % de sources certifiées responsables d’ici 2020[6].

[Les sources certifiées responsables doivent rencontrer de hauts standards visant à protéger les enfants, les travailleurs, les communautés et l’environnement. Hershey fait notamment recours à différents organismes de certification sur le terrain qui vérifient si le cacao est produit de façon durable et sans l’usage du travail forcé et du travail infantile. On compte plusieurs organismes de la sorte, dont UTZ Certified, Fair Trade USA and Rainforest Alliance Certified™].

Malgré le progrès dont il est fait mention, l’industrie du cacao a encore beaucoup de chemin à faire. Les investisseurs responsables ont un rôle important à jouer pour contribuer à favoriser la mise en place de meilleures pratiques dans la chaîne de production. Alors que certains investisseurs individuels, en s’informant, peuvent choisir d’investir dans les entreprises les plus responsables de l’industrie, d’autres peuvent également investir dans des fonds dont les gestionnaires s’engagent à dialoguer de manière constructive avec les compagnies, ou encore s’informer sur les votes que prennent les actionnaires de leur fonds de pension sur ces questions (et si les titres incluent des entreprises dans ce secteur, notamment : Cadbury Plc (LSE:CBRY), The Hershey Company (NYSE:HSY), Kraft Foods Inc. (NYSE:KFT), Lindt & Sprüngli (SWX:LISN), Nestlé SA (SWX:NESN, VIRTX:NESN) and Olam International (SGX:O32).).

Pour plus d’information sur ce que peuvent faire les investisseurs institutionnels sur cet enjeu, voir les recommandations du Investor brief on Child Labour in the Cocoa Supply Chain, de Sustainalytics (2010)[7].

 

[1] http://fortune.com/big-chocolate-child-labor/

[2]  « Worst forms of child labor », tel que défini par l’Organisation internationale du travail.

[3] http://www.ilo.org/washington/areas/elimination-of-the-worst-forms-of-child-labor/WCMS_159486/lang–en/index.htm

[4] http://fortune.com/big-chocolate-child-labor/

[5] http://www.childlaborcocoa.org/images/Payson_Reports/Tulane%20University%20-%20Survey%20Research%20on%20Child%20Labor%20in%20the%20Cocoa%20Sector%20-%2030%20July%202015.pdf

[6] http://www.iccr.org/iccr-recognizes-hershey-keeping-its-commitment-sustainable-cocoa

[7] http://www.sustainalytics.com/sites/default/files/Child_labour_in_the_cocoa_supply_chain_Sustainalytics.pdf


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