La finance autrement : portrait d’une banque responsable

La finance autrement : portrait d’une banque responsable

Plus de 55 % des individus perçoivent le secteur financier négativement. Suite à la crise de 2008 et aux nombreux scandales financiers des dernières années – tels que le Swiss Leaks et les Panama Papers -, leur confiance envers le système bancaire s’est largement détériorée. Tandis que le grand public est à la recherche d’une alternative, les banques dites « responsables » pourraient bien offrir une piste de solution.

 

Qu’est-ce qu’une banque responsable ?

La banque responsable se base sur le concept d’investissement d’impact, qui a pour objectif premier d’attribuer des capacités de financement à des projets participant activement au développement local, d’une économie durable au service de l’humain. Tout en maintenant un retour sur le capital de ses investisseurs, la banque responsable vise à offrir à son client l’assurance que son épargne sera placée dans des secteurs de l’économie dont l’impact sur la société correspond à ses valeurs.

 

Revenir au rôle premier de la banque

L’étymologie de banque vient de l’italien « banca », qui signifie le banc : les banquiers lombards du Nord de l’Italie s’installaient sur des bancs dans l’espace public et échangeaient les différentes monnaies qu’ils voyaient circuler. Le banquier était un simple intermédiaire de service dans les transactions. C’est cette idée que souhaite restaurer la banque responsable.

La finance s’est complexifiée. Les produits financiers sont de plus en plus opaques et seul un cercle restreint d’experts arrivent à en comprendre les rouages. En parallèle, des initiatives émergent toutefois aux quatre coins du monde pour développer un modèle fondé sur le rôle premier des banques :  faire le lien entre l’épargnant et l’entrepreneur, calculer les risques et assurer la disponibilité des capitaux.

 

Une alternative qui prend de l’ampleur

Ce système bancaire alternatif est beaucoup plus développé en Europe qu’en Amérique du Nord. Depuis plus de 20 ans, le marché européen offre une alternative au client qui reconnaît l’investissement responsable comme une valeur fondamentale de leurs institutions bancaires, et non pas comme un simple produit financier.

Triodos, aux Pays-Bas, est aujourd’hui le premier acteur de la finance d’impact dans le monde. Lancée en 1980, la banque gère aujourd’hui plus de six milliards de capital, qu’elle investit uniquement dans l’économie réelle. Elle place plus de 50 % de son capital dans des projets environnementaux, 30 % dans l’économie sociale et près de 15 % dans la culture. Le reste est réparti entre les administrations publiques, les associations et les individus.

En France, la Nouvelle économie fraternelle (NEF) s’est pour sa part imposée comme l’un des acteurs clés de la finance responsable. Motivée par le désir de soutenir un projet de ferme biologique – dont le financement avait été rejeté par l’ensemble des institutions bancaires, – cette initiative est aujourd’hui ouverte au public. Elle assure à ses clients un retour de 2,1 % sur leur épargne, tout en garantissant que leurs placements seront attribués uniquement à des projets en liens avec les valeurs fondatrices définies par les sociétaires. Aujourd’hui, NEF est la première banque responsable en France.

 

Impak Finance : la banque responsable au Canada

Lors d’un atelier interactif sur la banque idéale, nous avons eu la chance de rencontrer les représentants d’Impak Finance, l’une des institutions bancaires qui participent, sur le territoire canadien, à l’émergence d’un nouveau modèle d’affaires.

Créé il y a près de six mois, le projet Impak Finance est en voie d’obtenir sa licence auprès du gouvernement fédéral. Mis sur pied par une douzaine d’entrepreneurs québécois, canadiens et européens – anciens banquiers et experts du secteur de la finance -, la banque souhaite promouvoir une finance plus responsable. L’objectif : utiliser l’argent comme un moyen plutôt qu’un but.

Impak Finance veut investir 100 % de son capital dans l’économie réelle – à titre de comparaison, la banque d’Angleterre estimait en 2015 que seuls un quart des investissements des banques dites traditionnelles aboutissent dans l’économie réelle. Impak Finance se concentre en priorité sur l’investissement à impact. En 2018, elle rendra accessible au grand public un montant de 5 millions de dollars, disponible à travers une plateforme de financement participatif (crowd equity) et dont le ticket d’entrée débute à 100$.

Impak Finance veut remettre le client au cœur de son projet. Elle vise une transparence totale dans le choix des produits financiers proposés à ses investisseurs et pourra offrir tous les services d’une banque traditionnelle, à l’exception de l’émission de cartes de crédit. La Impak Banque envisage de mettre en place des prêts incitatifs qui permettront d’offrir des taux d’intérêts avantageux pour les projets environnementalement responsables, ou dont l’impact social sera jugé élevé.

 

Les trois piliers de la finance responsable :

 

1. Origines et traçabilité des fonds récoltés 

Une banque responsable – ou éthique – n’accepte pas de fonds provenant d’activités financières non conformes aux valeurs définies dans les statuts fondateurs de la banque, comme de l’argent provenant d’industries polluantes ou de services liés à la spéculation.

 

2. Destination de l’argent des crédits approuvés

L’utilisation de l’argent d’une banque responsable est gérée d’une manière transparente. L’objectif du crédit alloué par une banque éthique doit avoir un impact positif aux niveaux social, environnemental et économique. La banque éthique se voit ainsi utiliser les fonds uniquement pour : l’insertion et le logement social, des microcrédits aux particuliers et aux entrepreneurs, le financement de PME éthiques, l’environnement, le commerce équitable ou encore le développement durable.

 

3. Responsabilité de la banque éthique vis-à-vis de ses partenaires 

Pour le client, au-delà d’une transparence totale de l’utilisation et de l’origine de l’argent, la banque éthique doit offrir des services financiers adaptés à leurs vrais besoins. Les conseils doivent être indépendants, les moyens techniques doivent favoriser la proximité et tous les clients doivent être traités sur un même pied d’égalité, quel que soit leur statut économique.

 

L’avenir de la banque responsable

La banque responsable continuera à se développer pour répondre à un besoin criant chez les épargnants,  qui souhaitent voir prévaloir, sur les profits à court terme, les valeurs et principes d’une éthique différente de celle pratiquée par la plupart des acteurs du secteur bancaire actuel. La banque responsable vise à répondre à des besoins de financement provenant d’entrepreneurs individuels et collectifs qui intègrent, dans leur processus de décisions, des critères relevant de l’intérêt général. il s’agit d’une finance ancrée dans le social, instrumentalisée par des acteurs sociaux porteurs de revendications.

Si la banque responsable n’a pas pour objet de se substituer aux institutions bancaires traditionnelles, elle doit permettre d’offrir une alternative aux investisseurs souhaitant utiliser leurs capitaux comme un moyen d’action direct sur la société civile et l’économie réelle.

 

Pour découvrir la NEF, un reportage intéressant est disponible ici.

Pour rejoindre le groupe des ambassadeurs d’Impak Finance

 

Auteur

Etienne Caron, Assistant de recherche, Chaire RBC en management des services financiers/Observatoire de la consommation responsable, ESG-UQÀM.


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