La microfinance participative : Un outil de développement social et responsable

La microfinance participative : Un outil de développement social et responsable

« The poor stay poor not because they are lazy, but because they have no acess to capital » Milton Friedman- 1976 Nobel Prize of Economy

Quel est le point commun entre (i) Daniel, 34 ans, demandeur d’emploi au moment de sa demande de microcrédit et aujourd’hui propriétaire de Dan Skin Studion, un atelier de tatouage à Liège en Belgique; (ii) Yani, commerçante à Purwakarta en Indonésie qui souhaitait agrandir son échoppe afin de répondre à la demande croissante de ses clients; et (iii) Mugoya, chauffeur livreur en Ouganda qui doit réparer sa moto afin de continuer à exercer son activité ?

Ces trois individus n’ont pas accès au système bancaire traditionnel et ont donc utilisé la plateforme de microfinancement participatif Babyloan pour donner vie à leurs projets entrepreneuriaux. Babyloan, créée en 2008, est aujourd’hui forte d’une communauté de prêteurs de plus de 32 000 individus, les babyloniens. À la suite de la visite d’Arnaud Poissonnier, PDG de Babyloan à Montréal lors du congrès de l’Association Francophone Pour Le Savoir (ACFAS), nous souhaitons vous présenter la microfinance participative comme un outil d’investissement responsable.

Qu’est-ce que la microfinance ?

La microfinance apparait à partir de 1976 au Bangladesh, sous l’impulsion de Muhammad Yunus, économiste et prix Nobel de la paix 2006, qui met en place la Grameen Bank. Ce nouvel outil financier, le microcrédit est un crédit de faible montant, avec intérêts, accordé à des micro-entrepreneurs qui n’ont pas accès aux services financiers traditionnels. Il s’adresse spécifiquement aux populations exclues du système bancaire traditionnel en leur donnant accès à des capacités de financement afin de mettre en place des projets d’entrepreneuriat. À travers les années, la microfinance s’est illustrée comme étant l’un des outils les plus pertinents et le moins coûteux dans la lutte contre la pauvreté. Aujourd’hui, la microfinance a développé une pluralité d’outils financiers, incluant la microassurance, ou encore la microépargne, mais gardant toujours l’optique d’offrir un service alternatif aux populations marginalisées par le système bancaire traditionnel.

Babyloan : Leader de la microfinance participative et responsable

La communauté babylonienne est principalement européenne, mais elle est également composée de prêteurs des quatre coins du monde. La plateforme s’est vite imposée comme le deuxième acteur mondial du financement participatif, appelé plus couramment crowfunding. Babyloan est un portail de financement participatif qui permet de mettre en contact un prêteur (le Babylonien) avec un entrepreneur à la recherche de financements à travers le monde. Le Babylonien peut alors choisir de financer une partie d’un projet entrepreneurial qui lui tient à cœur, et ainsi prêter une somme entre 15 et 100 $, qui sera directement attribuée à l’entrepreneur en question. L’emprunteur va utiliser la plateforme pour y présenter son projet, la manière dont il va investir les fonds prêtés, ainsi qu’une présentation de l’Institution de Microfinance (IMF) qui fera le lien sur place avec l’entrepreneur et lui apportera au-delà du soutien financier une aide technique et logistique dans la mise en place de son plan d’affaires, cette dernière se voit attribuer une note sur cinq en fonction de l’impact social du projet ou de sa stabilité.

Par la suite, l’emprunteur remboursera le microcrédit sur une période allant de 6 à 18 mois, le Babylonien peut alors récupérer son investissement ou bien réinvestir son capital dans un autre projet. En date, Babyloan a financé 27 883 projets à travers le monde, avec un taux de remboursement de 99,92 %, faisant de la microfinance participative un investissement stable avec un impact direct sur l’inclusion sociale et économique. De plus, Arnaud Poissonnier, le président de Babyloan a engagé son entreprise sous le label « d’entreprise solidaire », ce label encadre ainsi de manière stricte les statuts de son entreprise en garantissant l’intérêt social de son entreprise, mais limitant également les écarts de salaires entre le plus haut et plus bas salaire dans son entreprise et encourageant les IMF à réduire les taux d’intérêt qu’elles offrent.

babyloan

Les femmes, premières actrices du microcrédit dans la lutte contre la pauvreté

Yani, tient une petite boutique de produit de consommation à Purwakarta et fait partie des 70 % de femmes vivant sous le seuil de pauvreté dans le monde. En outre, comme une femme sur deux à travers le monde, elle ne dispose d’aucun accès aux institutions bancaires et à leurs capacités de financement, n’étant propriétaire d’aucun bien pour garantir son prêt. Malgré l’expansion croissante de son entreprise, cette dernière s’est vue rejeter ses demandes de financement à de multiples reprises et ne peut répondre à la demande croissante de ses clients. La seule solution s’offrant à elle est alors de s’endetter auprès de prêteurs locaux lui chargeant des taux d’intérêt de plus de 120 %. Cependant, elle a réussi à obtenir un prêt d’une IMF locale, financé à travers la plateforme Babyloan, elle a ainsi pu agrandir son magasin, créant de fait des emplois, et augmentant significativement ses bénéfices de son entreprise. Grâce à ses gains, Yani est à même de scolariser ses trois enfants et de supporter sa famille.

Au-delà d’un simple levier économique, le microcrédit s’impose comme un outil d’émancipation des femmes dans la société, à travers l’indépendance financière. De plus, l’étude du micro-entrepreneuriat féminin démontre qu’une augmentation de 10 % des crédits aux femmes permet une hausse moyenne de 8 % de la scolarisation des enfants, et une baisse de 5 % de l’extrême pauvreté. Parmi les 200 millions de micro-entrepreneurs dans le monde, les micros-entrepreneuses représentent 73 % des clients des institutions de microfinance, selon le Baromètre de la microfinance 2014. Enfin, afin de convaincre les investisseurs les plus réticents, le taux de remboursement des prêts attribués aux femmes est significativement plus élevé que les hommes avec un taux de remboursement de 98 % en moyenne contre 85 % pour les hommes. Au-delà de son seul impact économique, le microcrédit est donc un outil précieux dans la construction d’une société plus égalitaire, où la femme disposerait du même accès aux capacités de financement que les hommes.

L’émergence du microcrédit Nord-Nord

 Initialement mise en place dans un schéma Nord-Sud, cet outil financier a évolué particulièrement depuis la crise économique de 2008, en s’orientant également vers les pays du Nord. À la suite de la crise des subprimes, les institutions bancaires ont commencé à montrer une certaine frilosité à prêter à de nombreux entrepreneurs n’ayant pas de garantie financière satisfaisante, ou souhaitant soumettre des montants de prêt trop faibles. Daniel, le tatoueur Belge, ainsi que de nombreux projets entrepreneurs se sont retrouvés dans l’impossibilité d’accéder à des capacités de financement pour développer leurs projets, malgré la solidité de leurs projets. Face à ce constat, Babyloan propose depuis 2008 des partenariats avec des institutions de microfinance dans de nombreux pays du nord notamment l’ADIE en France, MicroStart en Belgique, la plateforme pourrait s’implanter au Québec dans un futur proche afin de soutenir les entrepreneurs québécois à travers son programme de financement solidaire.

Un outil financier pour l’inclusion sociale au sein de sa communauté

Le Québec s’impose comme un des territoires dans le monde où la microfinance est la plus aboutie, mettant en place des outils uniques de développement économique et social. À travers un réseau d’IMF existant depuis plus de 20 ans, le Réseau québécois du Crédit communautaire (RQCC) regroupe 21 IMF en son sein, et a prêté près de 1,2 million en 2015 à 192 entrepreneurs québécois. Les IMF québécoises prêtent en moyenne des montants variant entre 2000 et 6000 $, principalement à des femmes, de jeunes diplômés et des populations issues de l’immigration. Au-delà de l’aspect financier, la RQCC apporte une assistance technique et logistique auprès des entrepreneurs afin de mettre un plan d’affaire efficace et d’assurer la viabilité de leurs projets sur le long terme. L’impact sur la communauté est essentiel, avec un taux de survie des entreprises de près de 70 % après 5 ans bien au-dessus de la moyenne nationale. Travaillant main dans la main avec les chambres de commerce, le crédit communautaire québécois lutte tous les jours pour apporter une plus grande inclusion financière des populations les plus vulnérables tout en réduisant les inégalités au sein de la société.

Vers une microfinance écoresponsable

 La plateforme Babyloan lance dans quelques semaines sa plateforme « Access to energy » en partenairat avec Total, ce projet a pour objet de promouvoir des projets écoresponsables. L’objectif est donc de permettre parallèlement le développement économique et social, mais également environnemental. La plateforme vise le financement de 2 000 microentreprises dans une douzaine de pays d’ici à deux ans, avec des prêts qui devraient être compris entre 500 et 3000$. Arnaud Poissonnier, Président de Babyloan nous a partagé l’intérêt croissant du public pour les projets écologiquement responsables. L’accès à une source d’énergie fiable est essentiel pour permettre le développement entrepreneuriale alors que plus de 1,3 milliard de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’électricité, les besoins de financement pour de tels projets sont criants.

Si vous souhaitez contribuer à une économie collaborative et rejoindre la communauté des Babyloniens, connectez-vous à Babyloan.org

 Enfin, pour mieux connaitre les acteurs du micro finance au Québec ou pour soumettre des projets de financement visiter le Site web du Réseau Québécois du Crédit Communautaire (RQCC)

 

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Etienne Caron, Assistant de recherche, Chaire RBC en management des services financiers/Observatoire de la consommation responsable, ESG-UQÀM.


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