Que doit-on retenir d’un rapport de développement durable d’entreprise ?

Que doit-on retenir d’un rapport de développement durable d’entreprise ?

Avant d’identifier ce qui est important à retenir dans un rapport de développement durable d’entreprise, il faut d’abord comprendre ce dont il s’agit. Ce rapport sert à divulguer de l’information aux parties prenantes internes et externes à l’entreprise concernant ses impacts économiques, sociaux, environnementaux et de gouvernance ainsi que la performance de l’entreprise sur ces questions (PNUE, 2013).

Ces rapports sont habituellement annuels et sont disponibles sur les sites web des entreprises qui les produisent. Ceux-ci s’adressent parfois à des parties prenantes spécifiques comme les investisseurs ou encore, à toutes les parties prenantes en même temps.  Cela dépend souvent du référentiel utilisé par l’entreprise et si d’ailleurs, l’entreprise en utilise un. Ces rapports sont de plus en plus utilisés par le domaine de la finance responsable afin de mieux comprendre les impacts économiques, environnementaux et sociaux des entreprises ainsi que leur plan d’action et les actions réalisées.

Il existe un nombre grandissant de référentiels pour ce type de rapport comme le Global Reporting Initiative (GRI), l’International Integrated Reporting Council (IIRC), le Carbon Disclosure Project (CDP), le Green House Gas Protocol (GHGP) ou encore, Sustainability Accounting Standards Board (SASB), etc. Il existe aussi plusieurs organismes et pays se penchant sur la question comme le Groups of Friends Paragraph 47 (GoF P47) ou encore, le PNUE, etc. Quelques pays comme par exemple, la France et l’Afrique du Sud ont mis en place des réglementations. Toutefois, il n’y a pas de définition universelle et consensuelle des détails à inclure même si le concept général est partagé.

J’en profite pour clarifier un point important : ces rapports doivent être utilisés comme outil d’information et non pas comme outil marketing. Ils doivent avoir un contenu à valeur ajoutée répondant à certains critères et pas juste être visuellement attractif, même si l’un n’empêche pas l’autre. Le marketing environnemental a sa place, mais pas dans ces rapports de développement durable d’entreprise.

Il est très intéressant de regarder le nombre d’entreprises publiant ce type de rapport qui sont de plus en plus nombreuses ces dernières années. Selon le dernier sondage effectué par KPMG en 2015, 92% des 250 plus grosses capitalisations mondiales (G250) et 73% des 100 plus grosses capitalisations nationales (N100) de 41 pays différents produisent ce type de rapport. Ces statistiques sont stables comparativement au sondage de 2013. Donc, la question n’est plus de savoir si l’on doit produire un rapport de développement durable d’entreprise, mais concerne plutôt la qualité de ces rapports, soit quelles sont les informations qui doivent s’y retrouver et comment les diffuser (KPMG, 2013).

Alors, quelles sont les informations qui devraient se retrouver dans un rapport de développement durable d’entreprise? Dans le document du PNUE, Frequently Asked Questions on Corporate Sustainability Reporting, on y mentionne les informations qui devraient y figurer :

  • La consommation de ressources comme l’énergie, l’eau, les produits forestiers, etc.,
  • La production des déchets, polluants et émissions comme les émissions carbones, la quantité de déchets envoyés à l’enfouissement, les rejets d’eaux, etc.,
  • Les risques et opportunités associés,
  • La participation dans la communauté locale à travers des ONG ou autres,
  • Les politiques de l’entreprise et ses positions concernant les enjeux importants en développement durable (DD) de l’entreprise,
  • Les innovations sur ses produits et services en lien avec le DD,
  • Le respect des droits de l’homme,
  • La gouvernance de l’entreprise,
  • La gestion des ressources humaines et les conditions de travail,
  • Les enjeux sociaux,
  • La politique d’anti-corruption,
  • Les objectifs, cibles et performances réalisés en matière de DD.

Cependant, de plus en plus d’entreprises donnent aussi des informations sur leur chaîne de valeur et sur leur chaîne d’approvisionnement, soit leurs fournisseurs. D’ailleurs, les référentiels de rapport de développement durable soit le G4 du GRI, l’IIRC et le Scope 3 du GHGP le suggèrent. C’est une des tendances majeures d’où mes recherches actuelles avec le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG) qui cherchent à lier les résultats et données des approches du cycle de vie au rapport de développement durable des entreprises.

Petite détour par la gestion du cycle de vie qui inclut, entre autres, les outils d’analyses environnementale et sociale du cycle de vie de l’entreprise. Ces outils ont plusieurs utilités dont l’aide à la décision (PNUE, 2009). Ils servent à mesurer les impacts environnementaux et sociaux d’une entreprise tout au long de sa chaîne de valeur soit de l’extraction des matières premières jusqu’à leur fin de vie. Cela permet d’identifier où sont les principaux impacts environnementaux et sociaux dans la chaîne de valeur de l’entreprise (PNUE, 2007). Cela permet aussi de prendre des décisions évitant le déplacement d’impact dans la chaîne de valeur soit en dehors de l’entreprise, exemple auprès de ses fournisseurs ou encore, auprès des personnes utilisant le produit soit lors de la phase d’utilisation.

Outre les informations qui devraient se retrouver dans un rapport de développement durable, ceux-ci doivent aussi répondre à certains principes et ce, même s’ils ne suivent aucun référentiel reconnu. Ces principes sont : la matérialité, la transparence, la balance, la neutralité, la précision, la complétude, la clarté et la concision tout en utilisant des termes compréhensibles et dans la mesure du possible, des indicateurs reconnus. Ces rapports doivent aussi permettre de suivre l’évolution des impacts environnementaux et sociaux de l’entreprise d’une année à une autre.

Afin de voir la crédibilité de l’entreprise sur la question, voici des éléments que vous pouvez consulter :

  • Si le rapport est très visuel, contient beaucoup de photos, mais aucun contenu précis, c’est problématique. Ces rapports doivent avant tout être des outils d’information et non pas, des outils publicitaires. Ne vous fiez pas à la beauté du rapport, mais plutôt à la complétude et l’exactitude de son contenu.
  • Si le rapport ne contient aucun chiffre précis et seulement des informations vagues, c’est un manque de concision de leur part. Même s’il est très difficile en effet de chiffrer les impacts sociaux, il est possible de quantifier les impacts environnementaux comme exemple, les émissions carbones.
  • Ces rapports se doivent d’être balancé soit d’inclure des informations positives et négatives. Un rapport qui parle uniquement des bons coups de l’entreprise est plutôt mauvais signe. L’entreprise ne devrait pas cacher ces mauvais coups. Elle devrait les énoncer et donner les actions correctives qui seront mises en place afin de rectifier la situation. Les entreprises devraient inclure le principe de transparence quant à leurs impacts et leurs émissions.
  • Les entreprises doivent parler de leurs enjeux importants et non pas d’enjeux non pertinents pour elles, leurs parties prenantes et l’industrie. Exemple, si l’entreprise parle de rejets d’eaux quand elles n’utilisent pas d’eaux dans leurs procédés industriels, c’est non-pertinent. Parler des rejets d’eau quand ce n’est pas applicable contrevient au principe de matérialité. On peut aussi voir l’inverse, si l’entreprise utilise une quantité d’eau importante dans ses procédés, mais qu’elle ne parle aucunement de sa consommation d’eau et de ses rejets, c’est un manque de transparence de sa part.
  • Si le rapport ne contient aucun plan d’actions et cibles à atteindre, il manque de précision. On doit aussi retrouver d’une année à une autre l’évolution des impacts et des émissions même si ceux-ci ont augmenté. Une entreprise qui produit ce type de rapport depuis plusieurs années doit montrer son évolution dans ses indicateurs ainsi que les cibles qu’elle veut atteindre et comment elle va les atteindre.
  • L’utilisation d’indicateurs reconnus et plus spécifiquement, pour les émissions carbones et l’utilisation de référentiels reconnus sont de bon augure. Certaines entreprises comme Cascade font de très bons rapports et fournissent beaucoup d’informations sur leur site internet sans pour autant utiliser de référentiel reconnu, mais c’est rarement le cas.

En conclusion, ces rapports sont très utiles et permettent à tout un chacun, entre autres, de voir la gestion de l’entreprise par rapport au développement durable, comment l’entreprise a intégré celui-ci dans ses activités, ses impacts économiques, environnementaux et sociaux ainsi que sa gouvernance et les actions entreprises. Cela peut nous permettre en tant que consommateur de faire des achats responsables puisque plusieurs informations dans ces rapports concernent les produits de l’entreprise. Et cela nous permet aussi en tant qu’investisseur de prendre des décisions éclairées et d’investir de manière responsable.

Dans un prochain billet de blogue, je vous parlerai plus en détails d’un rapport de développement durable d’une entreprise spécifique en tant qu’exemple d’excellent rapport afin de mieux illustrer une partie des propos tenus aujourd’hui. Ainsi, vous pourrez voir comment certaines entreprises s’en servent adéquatement pour communiquer sur leurs activités en lien avec le développement durable.

 

Références :

Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (2013). Frequently Asked Questions on Corporate Sustainability Reporting. Tiré de  https://www.globalreporting.org/resourcelibrary/GoF47Para47-FAQs.pdf

KPMG (2015). KPMG Survey of Corporate Responsibility Reporting 2015. Tiré de https://www.kpmg.com/CN/en/IssuesAndInsights/ArticlesPublications/Documents/kpmg-survey-of-corporate-responsibility-reporting-2015-O-201511.pdf

KPMG (2013). KPMG Survey of Corporate Responsibility Reporting 2013. Tiré de https://assets.kpmg.com/content/dam/kpmg/pdf/2015/08/kpmg-survey-of-corporateresponsibility-reporting-2013.pdf

Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (2009). Lignes directrices pour l’analyse sociale du cyle de vie des produits. Tiré de http://www.unep.fr/shared/publications/pdf/DTIx1211xPAGuidelines%20for%20sLCA%20of%20Products%20FR.pdf

Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (2007). Life Cycle Management, A business guide to sustainability. Tiré de http://www.unep.fr/shared/publications/pdf/DTIx0889xPA-LifeCycleManagement.pdf

 

À propos de l’auteure

Anne-France Bolay  est diplômée avec mention excellence du baccalauréat en gestion au HEC Montréal, spécialisation en gestion de projets. Étudiante à la maîtrise recherche en génie industriel à Polytechnique Montréal. Recherche effectuée avec le CIRAIG en lien avec les approches du cycle de vie et les rapports de développement durable des entreprises.

Anne

 


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