Renforcer l’équité envers les femmes par nos choix investissements?

Renforcer l’équité envers les femmes par nos choix investissements?

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Renforcer l’équité envers les femmes par nos choix investissements? C’est ce qu’affirment les partisans d’un nouveau mouvement d’investisseurs en faveur de l’investissement à impact social dans des entreprises et projets dirigés par les femmes. Les différentes facettes de ce mouvement, appelé « gender lens investing » (investir dans une optique d’égalité des genres), sont d’ailleurs exposées dans un récent rapport publié par l’institut Criterion : The State of the field of gender lens investing.

 

Ce type d’investissement à impact, effectué à l’origine par le mouvement de la microfinance, des grandes fondations (Calvert foundation Women’s Principles) et certaines firmes d’investissement socialement responsable (Pax Word Women’s Equity Fund), semble maintenant trouver des échos auprès d’investisseurs traditionnels comme des banques privées d’investissement et les gestionnaires de patrimoine. Les produits d’investissement offerts sur le marché tendent aussi à se diversifier et s’étendre à différentes classes d’actifs : capital de risques, actions de sociétés publiques, obligations, fonds mutuels, etc.

L’argument central avancé par ces investisseurs est le suivant : alors que de plus en plus d’études démontrent que la présence des femmes dans l’économie est non seulement génératrice de progrès social, mais aussi de performances économiques et financières, les opportunités d’investissement sous cette optique sont largement sous-évaluées par le marché financier.

On peut définir le « gender lens investing » de façon suivante : encourager le recours au capital pour renforcer l’égalité des genres et obtenir des rendements intéressants. Selon l’institut Criterion, ce type d’investissement a trois principaux objectifs :

  • Augmenter l’accès au capital – l’accès au capital pour les femmes entrepreneures, un secteur en forte croissance, resterait encore limité. Selon la Société Financière internationale (IFC) et la firme de consultation Mckinsey, l’écart entre les besoins financiers des femmes entrepreneures et le financement disponible se chiffrerait à 320 milliards de dollars (source). Selon l’Institut Criterion, certaines études démontrent que les entreprises de capital-risque dirigées par les femmes sont moins susceptibles d’échouer, utilisent moins de capitaux et ont des revenus annuels supérieurs. En 2013, lFC lance d’ailleurs le Global women’s bond dont plusieurs millions auraient déjà été investis dans des entreprises appartenant à des femmes entrepreneurs. Au Québec, on peut aussi citer l’exemple de l’initiative FemmEssor qui finance les projets d’entrepreneuriat féminin et dont certains des partenaires financiers sont Filaction, Desjardins et la Caisse de dépôt et placement du Québec.

 

  • Amener une plus grande équité au travail – certaines études tendent à démontrer une corrélation positive entre la présence des femmes au sein des conseils d’administration de meilleurs standards de gouvernance et une meilleure gestion des risques. Or, la présence des femmes au sein des CA reste encore faible. Au Canada par exemple, la présence des femmes sur les CA se chiffre à environ 20,8% des entreprises du S&P/TSX 60. Et il en va de même pour les postes de la haute direction détenus par les femmes qui se chiffe à environ 32% dans le même groupe d’entreprises.

Pour changer cette situation, la banque américaine Morgan Stanley a créé en 2013 un portefeuille d’investissement, le Parity Portfolio, composé entre autres d’entreprises ayant 3 femmes ou plus sur leur conseil d’administration. La Banque britannique Barclay a aussi lancé en 2014 le Women in Leadership Total Return Index, un Indice composé d’entreprises américaines dont les structures de gouvernance intègrent davantage de femmes dans des rôles de leadership. Enfin, le Pax Word a lancé le fond Pax Elevate Global Women’s Index Fund basé sur un indice d’entreprises à travers le monde qui sont des leaders dans l’avancement des femmes par le biais de la diversité dans leurs conseils d’administration et dans des poste de gestion, des politiques et programmes.

Au Canada

Au Canada, très peu d’initiatives de ce type ont été développées. Par contre, on peut mentionner que les firmes d’évaluation Environnemental, Social et de Gouvernance (ESG) comme Sustainalytics et MSCI prennent en compte des critères comme la présence des femmes aux CA et dans les postes de haute direction ainsi que d’autres critères de diversité dans leurs analyses de performance ESG des entreprises. Par ailleurs, la présence des femmes au sein des CA fait aussi l’objet de plusieurs propositions d’actionnaires soumises aux assemblées annuelles des entreprises canadiennes depuis de nombreuses années.

Au Canada, la situation pourrait aussi évoluer plus vite avec l’introduction de nouvelles règles de divulgation décidées par le Ontario Securities Commission et demandant aux entreprises canadiennes dont les actions se transigent à la bourse de Toronto (Toronto Stock Exchange) de divulguer leurs politiques et pratiques en vue de recruter des femmes au sein des CA et des postes de la haute direction.

Enfin, l’enjeu de l’équité au travail est aussi regardé sous l’angle de l’équité salariale dont les bénéfices économiques seraient importants. Selon le Fonds monétaire international (FMI), l’écart salarial entre les hommes et femmes aurait tendance à réduire la croissance du PIB. L’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) affirme pour sa part que la réduction de cet écart salarial depuis 1995 a compté pour le quart de la croissance annuelle du PIB en Europe (source : The State of the field of gender lens investing )

  • Augmenter le nombre de produits et services bénéficiant aux femmes – comme l’explique très bien Jackie VanderBrug, Vice-Présidente séniore à US Trust et pionnière de ce mouvement, il ne s’agit pas de prendre les produits et de les peindre en rose. Il s’agit plutôt de créer des produits et services qui rendent les femmes plus autonomes et qui contribuent au bien-être et à la santé de celles-ci, comme l’exemple de fourneaux fonctionnant à l’énergie propre dans différents pays à travers le monde. Les femmes représentent une force économique importante, et selon l’institut Criterion elles contrôlent environ 20 $ milliards de dépenses mondiales de consommation et gagnent environ 18 $ milliards de dollars. En 2028, les femmes seront responsables pour environ deux tiers des dépenses de consommation mondiales.

Mobiliser le capital pour renforcer l’égalité homme-femme et générer du profit est un pari très ambitieux que se donnent les partisans du « gender lens investing ». Ce mouvement en émergence aura pour défi de convaincre davantage d’investisseurs traditionnels des bénéfices de ce type d’investissement. Au Canada, il existe pour le moment très peu de produits financiers avec un focus mis sur l’équité envers les femmes.

Billet rédigé par Sherazad Adib

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Sherazad Adib – Consultante en investissement responsable et responsabilité d’entreprise ainsi que collaboratrice à Éthiquette. Elle a 15 ans d’expériences dans diverses organisations telles que RONA, le Cirque du Soleil et Bell Canada dans le domaine de la responsabilité d’entreprise. Elle est aussi co-fondatrice du Groupe investissement responsable (GIR).

Comments

  1. Cette article fait référence à une nouvelle étude qui souligne une relation entre les femmes en positions de leadership corporatifs et les profits :
    http://www.nytimes.com/2016/02/10/business/women-in-company-leadership-tied-to-stronger-profits.html

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